2013-2015 – Païtiti 2013 et 2014 – Monnaie Pusharo

XXII – La campagne « Païtiti 2013 »

Le 11 octobre 2013, Thierry et ses compagnons de l’Instituto Inkari – Cusco décident de se lancer de nouveau dans l’aventure. Soutenus par les Matsiguengas de la communauté native de Timpía, avec lesquels ils entretiennent d’amicales relations depuis 2011, ils s’enfoncent au cœur du Sanctuaire National de Megantoni en direction de la mystérieuse « montagne carrée ».

Pendant un mois, en pleine saison des pluies, l’équipe de Thierry va péniblement tenter d’atteindre leur but en remontant vers les sources du rio Shiwaniro, puis en suivant les crêtes longeant les rives du rio Timpía en direction de l’est.

Pour eux, une expérience fantastique au cœur d’une nature intacte, au cours de laquelle ils apprennent le mode de vie, les coutumes et les croyances ancestrales de leurs « frères de la forêt » matsiguengas, ashanincas et kuga-pakuris (nantis). Plusieurs de leurs compagnons de route, en effet, tels que « Lucho », « Mauricio » et « Leyner », sont originaires des communautés « non contactées » vivant près des sources du rio Timpía. Il y a quelques années, celles-ci s’étaient fait la guerre et plusieurs familles de « calatos », des Indiens vivant nus, s’étaient alors réfugiés chez les Matsiguengas de Timpía.

Après un mois de marche pénible dans une forêt détrempée, Thierry et son groupe, qui vont manquer de vivres, doivent finalement se résoudre à faire demi-tour, parvenus à une trentaine de kilomètres de la fameuse montagne.

Zone générale des recherches actuelles de Thierry Jamin et de ses compagnons, au nord du Sanctuaire National de Megantoni. La "montagne carrée" et les mystérieux lacs. (c) Airbus Defense & Space, juin 2012.

Zone générale des recherches actuelles de Thierry Jamin et de ses compagnons, au nord du Sanctuaire National de Megantoni. La « montagne carrée » et les mystérieux lacs.
© Airbus Defense & Space, juin 2012.

XXIII – La campagne « Païtiti 2014 »

Le 15 mars 2014, Thierry Jamin publie en France son troisième ouvrage, aux éditions du Trésor. Intitulé « L’aventurier de la cité perdue », ce livre de 336 pages, raconte les expéditions de Thierry, sur les traces de Païtiti, réalisées entre 2006 et 2013. Il s’achève au moment où Thierry s’apprête à partir, en octobre 2013, vers le sanctuaire de Megantoni…

Quelques mois plus tard, l’explorateur français repart de nouveau sur les traces de la ville perdue. Toujours soutenu par les Natifs de la communauté de Timpía, il tente cette fois-ci d’atteindre la « montagne carrée » en remontant les rives du rio Ticumpinia, dont les sources sont situées à proximité de cette nouvelle « Zone Rouge ».

Mais ils sont arrêtés dès l’embouchure du fleuve, au lieu-dit de Kitaparay. Ici règne une ambiance étrange, voire négative. Les habitants ne sont pas accueillants avec les étrangers. Le responsable du lieu demande à l’équipe de Thierry de ne pas aller plus loin et d’attendre le retour du chef matsiguenga de la communauté de Sabamantiari, sur le territoire duquel nos explorateurs devaient passer pour atteindre leur zone de recherche.

Quelques jours plus tard, la rencontre a lieu avec le chef de la communauté. Celui-ci se présente d’emblée comme étant « le diable » et refuse catégoriquement de permettre à Thierry et à ses compagnons de traverser son territoire. Il rappelle que les communautés natives de l’Amazonie péruvienne vivent en autonomie, à l’écart du gouvernement central. Il n’avait que faire des permis délivrés par les autorités. Et il menace même de flécher le groupe s’il refusait de faire demi-tour.

Dans ces conditions, il était impossible de discuter ou de négocier. Thierry décide alors de retenter sa chance par la remontée du fleuve Shiwaniro. Mais ils avaient perdu beaucoup de temps, et de vivres, à Kitaparay. Au bout d’une dizaine de jours, l’équipe doit de nouveau faire demi-tour. Ils n’atteindront pas leur objectif.

Cette campagne ne fut pas pour autant inutile. Elle fait prendre conscience à Thierry et à son équipe de l’impossibilité d’atteindre cette mystérieuse « montagne carrée » par voie terrestre. Les distances sont trop grandes depuis la communauté de Timpía (plus de quatre-vingt kilomètres) et la Nature s’avère particulièrement difficile à apprivoiser pour une équipe considérablement alourdie par une logistique volumineuse et lourde. Thierry Jamin en est alors persuadé, ce n’est qu’en hélicoptère qu’il réussira à atteindre cette sacrée montagne.

XXIV – La monnaie de Pusharo

En janvier 2015 la Banque de Réserve du Pérou prend contact avec Thierry Jamin pour lui annoncer une nouvelle étonnante. À l’initiative de José Oswaldo Molero Ruiz, Directeur de Culture de Puerto Maldonado, capitale régionale du Madre de Dios, la Banque de Réserve a décidé de réaliser une pièce de monnaie de UN Nouveau Sol à l’effigie des pétroglyphes de Pusharo, symboles du département. Les responsables de la banque demandent à Thierry s’ils peuvent utiliser les photos publiées dans son livre consacré à Pusharo en 2007. Thierry Jamin accepte évidemment. Il adresse, quelque temps plus tard, à cette institution une large sélection d’images. La pièce de monnaie sera finalement inaugurée en grande pompe au cours du mois de mars 2015. Frappée à 12 millions d’exemplaires, c’est la première fois, depuis la conquête espagnole, qu’une partie de la légende de Païtiti se retrouve ainsi immortalisée sur une monnaie officielle. Car, en effet, les pétroglyphes de Pusharo donneraient la localisation de la ville perdue. À noter que sur le côté « face » de la pièce, les autorités péruviennes ont adopté l’hypothèse de Thierry Jamin, selon lequel ces pétroglyphes auraient été créés par les Incas, et non par les « survivants d’une civilisation amazonienne disparue », comme certains l’affirment. Il est en effet indiqué : « Petroglifos de Pusharo – Siglos XV – XVI ». Thierry Jamin n’en n’est pas peu fier !

XXV – Bataille pour le nouveau permis ! (2015 – 2016)

Le 20 janvier 2015, Thierry Jamin présente auprès du Ministère de la Culture, un nouveau projet de recherche, intitulé « Proyecto de Investigación Arqueológica sin Excavaciones. Reconocimiento Sistemático de Superficie en las Fuentes del Rio Ticumpinia, Zona Silvestre del Santuario Nacional de Megantoni – Provincia de La Convención – Región Cusco ». De nouveau dirigé par l’archéologue Hilbert Sumire Bustincio, les démarches s’avèrent inexplicablement longues. On cherche visiblement à retarder la qualification et l’approbation du projet. Certains responsables, à la Direction Décentralisée de Culture de Cusco (DDC-Cusco) n’ont visiblement pas oublié les polémiques liées à l’affaire de Machu Picchu…

Même si, selon la Loi, ces procédures administratives ne peuvent, au Pérou, excéder les trente jours ouvrables, ce n’est finalement que le 26 août 2016, soit un an et demi après la présentation du projet de recherche aux autorités ( !), que Thierry Jamin reçoit enfin la réponse tant attendue : par la Resolución Directorale N° 982 – 2016 – DDC – CUS / MC, le ministère de la culture déclare ce projet de recherche conforme aux critères scientifiques requis dans le Règlement d’Investigations Archéologiques. Cependant, la zone des recherches est située dans une « zone restreinte » d’accès dans laquelle vivent des communautés d’Indiens « non contactés ». Et les autorités du SERNANP, le service dédié à la gestion des « aires naturelles protégées », n’a pas donné d’avis favorable à l’entrée de l’équipe de Thierry dans cette zone. En vertu de quoi, le Ministère de la Culture déclare la demande de permis « irrecevable ».

Mais est-ce bien la vraie raison ?

XXVI – Païtiti déjà pillée ?

On peut se poser légitimement la question devant le comportement incompréhensible du « chef » du Sanctuaire National de Megantoni (SERNANP), établi à Quillabamba, capitale provinciale de La Convención.

Il est établi, en effet, qu’aucune présence de Natifs « non contactés » n’a été détectée dans le périmètre immédiat des lacs et de la « montagne carrée », tel que le démontrent les images satellites de la zone.

On sait en revanche qu’une famille kuga-pakuri s’est implantée à six kilomètres environ à l’est de cette zone. Et l’on sait qu’une cinquantaine de familles vivent dans les sources du rio Timpía, à trente kilomètres de là.

Selon les habitudes de chasse et de pêche de ces Indiens semi-nomades, nous savons qu’ils empruntent les mêmes sentiers et fréquentent les mêmes zones pour trouver leurs sources d’alimentation en gibier. Ils n’ont, par conséquent, aucun motif pour se rendre dans le secteur de la « montagne carré », lequel est situé sur un plateau dont les parois verticales se jettent à près de mille mètres de précipice. La probabilité pour Thierry Jamin et son groupe de se retrouver nez à nez avec des « non contactés » est donc quasi nulle. Les responsables du Sanctuaire National de Megantoni ne peuvent l’ignorer.

Y aurait-il alors un autre motif pour refuser à Thierry Jamin l’accès vers cette mystérieuse montagne ?

Dans le cadre de la préparation de leur prochaine campagne d’exploration, Thierry et ses compagnons ont attentivement étudié la zone des lacs proches de la fameuse montagne. Ils ont alors observé la présence d’une aire dégagée de quelques dizaines de mètres de côté, située au milieu de l’un des lacs jumeaux, permettant à l’équipe d’accéder au site en se faisant descendre au moyen d’un treuil, par hélicoptère. Cette zone dégagée apparaît en fait comme la seule et unique possibilité pour une équipe d’atteindre la « montagne carrée » par hélicoptère. L’idée de Thierry était alors d’établir ensuite un camp de base, puis un héliport, sur les rives du lac, afin de permettre le retour final de l’hélicoptère et le départ du groupe vers Cusco.

Zone prévue pour l'implantation du Camp de Base de la prochaine campagne d'exploration de Thierry Jamin et de son groupe. (C) Airbus Defense & Space, juin 2012.

Zone prévue pour l’implantation du Camp de Base de la prochaine campagne d’exploration de Thierry Jamin et de son groupe.
© Airbus Defense & Space, juin 2012.

Or, quelle ne fut pas la surprise de Thierry Jamin, en étudiant plus attentivement ses clichés satellites, de découvrir l’existence de deux zones géométriques, apparaissant en plus clair, où visiblement « quelqu’un » avait déjà coupé la végétation aux endroits précis où l’explorateur français prévoyait d’installer son camp de base et l’héliport !

Une seule conclusion s’imposait alors : une équipe avait précédé Thierry Jamin pour accéder à cette zone. Cela ne pouvait pas être une coïncidence. Il ne pouvait s’agir que d’un groupe qui, quelques années auparavant, avait repéré cette drôle de montagne et les lacs jumeaux et était venu dans l’intention de piller la cité perdue de Païtiti.

Les marques encore visibles dans la végétation indiquent, sans l’ombre d’un doute, que seule une organisation puissante, avec d’importants moyens financiers, a pu réaliser cette opération clandestine. La présence d’un ancien héliport suppose, en effet, le recours à un ou plusieurs hélicoptères. Ce qui représente un coût…

Depuis une quinzaine d’années, d’inquiétantes rumeurs affirment qu’une opération secrète aurait été organisée vers les années 1999 et 2000 par l’ancien président du Pérou, Alberto Fujimori, et son vice-président Vladimiro Montesinos Torres, pour piller Païtiti. Ces rumeurs insistantes évoquent l’utilisation de plusieurs hélicoptères et même… de dynamite, pour découvrir et piller les trésors fabuleux de la plus légendaire des cités perdues sud-américaines !

Les deux zones de « coupes d’arbres » découvertes par Thierry Jamin sur les rives de l’un des lacs jumeaux pourraient alors apporter la preuve irréfutable du pillage de Païtiti.

Bien-sûr, Thierry Jamin a signalé ces « anomalies » au Ministère de la Culture et au SERNANP. Il n’a jamais reçu aucune réponse et encore moins une explication.

Ce silence assourdissant et les entraves infligés à Thierry Jamin et à ses compagnons de l’Instituto Inkari – Cusco pour empêcher la réalisation de cette campagne d’exploration dans la « montagne carrée », ne s’expliquent-ils pas « tout simplement » par la volonté de quelques responsables au Ministère de la Culture ou au gouvernement afin d’éviter que n’éclate un immense scandale : celui du saccage de Païtiti ?